ALCÔVES

Un projet de recherche entre architecture et soins infirmiers en psychiatrie

« Alcôves » est une collaboration de recherche entre l’Ecole d’architecture de Fribourg du Jointmaster, du Département de psychiatrie du CHUV (Centre Hospitalier Universitaire Vaudois) et du GRAAP (Groupe Romand d’Acceuil et d’Action Psychiatrique). Le projet a pour sujet l’espace de soins thérapeutiques psychiatriques dans un milieu hospitalier et explore le lien entre la construction psychique identitaire et celle physique – architecturale , autour de la notion de « fonction contenante ».

 

Préambule

Quelle forme d’architecture pour les hôpitaux psychiatrique ? La notion même d’hôpital induit-elle des ingrédients architecturaux qui desservent le processus  thérapeutique ? Est-il possible que l’architecture améliore ce processus ? Cette recherche a été organisée par la Haute Ecole d’Architecture de Fribourg en collaboration avec le Département psychiatrique du CHUV et le GRAAP, assurant ainsi la participation de personnes touchées par la souffrance mentale. Elle a été rendue possible grâce à un financement de base de la Fondation Gebert Rüf.

Elle a en effet pour but d’apporter des pistes de réflexion pour les personnes qui évoluent – de près ou de loin – dans l’univers des soins psychiatriques. Le travail de recherche sur lequel se fondent les mises en perspectives soulevées dans les pages qui suivent a été guidé par un groupe de chercheurs pluridisciplinaires et il a inclus autant des patients que des personnes du corps médical. En gardant à l’esprit le quotidien des personnes qui vivent dans ces structures médicales, les espaces de soins ont été questionnés dans leur aspect sensible et architectural. Ce compte rendu, regard croisé entre divers domaines professionnels, se veut de tracer les lignes principales d’une réflexion approfondie sur le rôle que l’architecture peut jouer dans ses dimensions contenantes et thérapeutiques et l’influence que peut avoir cet outil sur les usagers des lieux de soins psychiatriques.

Le projet d’architecture

Le résultat concret de ce regard croisé entre disciplines et de ces discussions avec les usagers a été un projet de transformation d’un étage d’une unité de soins dans un centre de soins thérapeutiques psychiatriques. L’Hôpital de Prangins a soutenu cette démarche et a accueilli ce projet de transformation.

Les ingrédients nés des discussions de recherche ont été intégrés dans ce projet, un projet qui a dû aussi prendre en compte les contraintes de l’enveloppe bâtie et les normes sécuritaires et médicales en vigueur. Les souhaits et besoins du corps médical et des patients ont été centraux dans cette réflexion. Cependant, il est important de garder à l’esprit que chaque aspect de la transformation a été et sera continuellement matière à discussion car les divers usagers appréhendent l’espace de manière bien différente.

La volonté du projet est de créer des espaces nouveaux, d’offrir plus de possibilités de parcours et d’usages, de faire « respirer l’unité » en créant des espaces généreux et lumineux, ce projet de transformation se veut une réponse concrète et pertinente mais avant tout sensible et polyvalente aux besoins de chacun.

Comment éviter d’arriver à ce stade de crise où la chambre de soins intensifs devient la seule solution envisageable ? Une option esquissée avec les usagers serait d’offrir de multiples espaces d’isolement, des espaces différents et réfléchis avec les patients où ces derniers pourraient se nicher selon l’état dans lequel ils se trouvent. Ces espaces offriraient différents degrés d’isolement, et pourraient être perçus comme des refuges qui permettent au patient de gérer lui-même son état dans un espace approprié et appropriable.

La domotique comme outil thérapeutique dans la chambre des soins intensifs

Concevoir un espace qui sera en mesure d’apporter une réponse universelle à tous les être humains, quels que soient le sujet et son état, est utopiste. Cette recherche ne propose pas un remède miracle unique mais au contraire un espace suffisamment modulable qui s’adapte aux patients et à leurs états. Avec pour objectif une forme de dialogue, une relation intime qu’entretient le patient avec l’espace, dans laquelle une inversion semble fondamentale : ce n’est plus l’humain qui se soumet à un espace sous la contrainte, c’est l’espace qui s’accorde au besoin de l’humain pour le soulager de la contrainte que lui inflige sa maladie. La domotique pourrait permettre au patient de ne plus être prisonnier d’un espace clos, rigide, sur lequel il n’a aucune prise et qui génère un sentiment de frustration, d’impuissance et d’amplification du mal-être – mais il peut l’influencer.

Le projet propose la mise en place d’une surface de gestion domotique, un espace «intelligent» qui offre des possibilités diversifiées de contenance adaptables aux climats intérieurs des usagers. Concrètement, un tableau encastré dans la paroi de la chambre des soins intensifs offre la possible gestion des ingrédients de l’enveloppe spatiale. Celle-ci devient vivante, transformable et appropriable par l’usager. Le pilotage, la surveillance et le degré d’appropriation du système selon l’état du patient sont contrôlés par l’infirmier depuis le poste des soins. Partir du principe que plus le patient est « stabilisé », plus il doit avoir la liberté d’agir sur son enveloppe spatiale paraît dans une première approche raisonnable. Toutefois, des enjeux sensibles se situent dans les possibilités qui sont offertes aux patients selon leur état. Il appartient bien entendu au corps médical d’en observer l’usage afin d’y apporter un paramétrage fin, sensible et thérapeutique.

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